Rechercher



Steinberg The Grand 2

Vous êtes ici : Plug-ins >Avis des Utilisateurs
English Version...


Dans l'univers surpeuplé des pianos numériques où l'on trouve le meilleur et le pire, The Grand 2 se détache comme l'une des plus récentes réussites de la simulation électronique d'instruments acoustiques.

Si la première version de The Grand souffrait de quelques défauts de jeunesse, l'expérience acquise par Steinberg a été payante et leurs développeurs ont su gagner leurs lettres de noblesse.

The Grand 2 se remarque non seulement par la simplicité de son interface, mais aussi par sa grande souplesse lui permettant de s'adapter à tout type de musique, que ce soit dans le classique, le jazz, le jeu sur scène ou l'enregistrement. Ceci n'est pas sans mérite, car beaucoup de pianos numériques sonnent de façon très réaliste en solo mais ont du mal à s'intégrer dans un contexte orchestral, acoustique ou numérique. Sans parler de la difficulté d’enregistrer un chanteur accompagné par ce type d’instrument, problème qui se manifeste surtout dans le chant lyrique.


Réalisme de jeu

Du point de vue du réalisme, il existe trois conditions de travail :

a) Réalisme à l’enregistrement.
b) Réalisme à l’écoute, du point d’écoute de l’auditeur sur place devant l’instrumentiste.
c) Réalisme au jeu, avec les sensations de l’instrumentiste.

Si la première condition est satisfaite par The Grand 2, la prudence nous fait penser qu’il se passera longtemps avant que n’importe quel piano numérique puisse sonner en récital comme un piano acoustique. Mais encore, le jour où l’on arrivera à provoquer des sensations acoustiques du point du vue de l’auditeur présent devant un piano numérique, ce sera loin encore d’être gagné du point de vue des sensations de l’instrumentiste. En effet, à l’état actuel de la technologie, le réalisme au jeu à 100% est impossible sur un piano dont le son sort par des hauts parleurs. Le système d'écoute doit permettre une très grande puissance (même si on ne l'utilise pas au maximum) pour transmettre toutes les nuances instantanées qui dépassent de plusieurs dizaines de décibels le niveau nominal. On est ici plus proche de la haute fidélité. Les sensations que l'on ressent en jouant d’un piano acoustique où le son sort de la table d'harmonie ne peuvent pas pour l’instant être reproduites avec des moyens électroniques sortant d'une paire d'enceintes. Le réalisme ne dépend pas seulement du logiciel, mais de toute la chaîne acoustique, ampli, enceintes, placement et acoustique de la salle.

Travaillant surtout en studio, personnellement je suis prêt à sacrifier un grand pourcentage du réalisme au jeu, si le logiciel me permet d'avoir plus de réalisme à l'écoute. Pourtant, le réalisme au jeu permet de retrouver des sensations plus riches qui stimulent mon imagination et mes capacités d'improvisation.

Avec The Grand 2, les MAOistes peuvent compter désormais sur un outil qui sonne plus vrai que nature en enregistrement, à condition bien entendu de maîtriser les réglages et la technique du son, car The Grand 2 est un instrument de précision qui exige un traitement en conséquence. Cependant, les musiciens live seront aussi satisfaits par la qualité du son, la simplicité de l’interface (un atout en situation live) et surtout par la qualité de la fusion de The Grand 2 dans un contexte de groupe.

Bien que la simplicité d’utilisation de The Grand 2 soit à même de combler le MAOiste dilettante qui se contente d’allumer son ordinateur, le musicien exigeant voudra arracher à cet instrument toute la richesse musicale dont il est capable, à condition qu’il soit doué d’une fine oreille et de connaissances pointues.


Sonorité générale

A la première impression chez The Grand 2, les graves sont robustes, les aigus pénétrants et les moyens cristallins. Ceci signe tout de suite la personnalité de cet instrument qui nous permet de le classer parmi les sonorités pianistiques.

Dans le monde des pianos acoustiques, il existe trois grands types de sonorités :

a) Les sonorités veloutées ou étouffées propres aux pianos d’étude, qui ne manquent cependant pas d’intérêt musical.
b) les sonorités mordantes ou "viriles" type Steinway, Yamaha, Kawai, etc.
c) les sonorités "propres", sans bavures sonores, style Bösendorfer, Pleyel, Petroff, Grotrian, etc.

The Grand 2 comblera ceux qui préfèrent ce dernier type de sonorité. Celle-ci se manifeste surtout au niveau des deux octaves centrales, entre le C3 et le C5 (petite octave et 1ère octave selon la classification de Rimski-Korsakov).

Cependant, compte tenu du nombre d'amateurs d'une sonorité "virile" type Steinway, nous espérons que les développeurs penseront à l'implémenter dans une prochaine version.

Il ne faut pas se laisser leurrer par la simplicité de l'interface. Les quelques boutons permettent un grand nombre de réglages à condition que l’utilisateur ait la finesse d’oreille suffisante pour percevoir toutes les subtilités et leur influence ainsi que les différences qui existent entre un contexte solo et un contexte orchestral. Il ne faut pas hésiter à investir beaucoup de temps à trouver le bon son et à sauvegarder tous les réglages satisfaisants. Nous regrettons qu'il n'y ait pas de réglages d'usine programmés par des experts, car ceci faciliterait la tâche des musiciens qui ne veulent pas se compliquer la vie avec des gestes plus proches de ceux d’un ingénieur du son que d’un musicien. Nous attendons à cet égard des apports des utilisateurs.


Sonorités "extramusicales"

The Grand 2 est implémenté des sonorités "extramusicales" qui participent non seulement au réalisme de l’enregistrement, mais qui apportent aussi le charme des défauts des instruments acoustiques. Bruits mécaniques, bruits du marteau frappant la corde (qui fait partie de la sonorité d’un piano dans les aigus, même à distance). Bruits des étouffoirs quittant et appuyant sur les cordes lorsqu’on presse la pédale droite, ainsi que la résonance de la totalité de la harpe lorsque les cordes vibrent en liberté. Ces bruitages accessoires doivent être ajustés avec la même finesse que le reste des réglages.

Par rapport à ces sonorités accessoires, il faut signaler trois points :

a) La résonance "sympathique" des pianos acoustiques n’est pas implémentée. Ce type de résonance est mise en évidence dans les pianos acoustiques par l’expérience suivante : on presse les touches Do-Mi-Sol avec une vélocité minimale pour que les étouffoirs libèrent les cordes sans être frappées par les marteaux. En jouant un Do grave, fort et détaché, les cordes libérées de l’accord Do-Mi-Sol se mettent à sonner. A notre avis aucun piano numérique à l’état actuel ne possède ce type de caractéristique. Et pour cause, elle exige des algorithmes très complexes qui augmenteraient l'utilisation des ressources. Pourtant, cet effet est utilisé chez certains compositeurs contemporains et même des impressionnistes (Charles Ives).

b) Le bruitage de la totalité des étouffoirs frappant les cordes qui accompagne le relâchement de la pédale droite est, selon moi, erroné et doit être corrigé. Il fait penser à un objet métallique effleurant les cordes alors que dans la réalité ce son est un bruit sourd, lourd et feutré. Il est pourtant bien simulé pour les notes jouées individuellement, lorsqu’on relâche une touche et que l'étouffoir retombe sur la corde.

c) L’intensité de la résonance ainsi que la qualité du sustain (CC 64 ou CC 146) pourraient ne pas être satisfaisantes dans un jeu rapide et intense avec la pédale enfoncée. Aucun piano numérique ne peut rivaliser pour l’instant avec un piano acoustique pour ce type de passage. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter de régler au maximum les contrôleurs et à étoffer l’effet en utilisant une réverbération à convolution, contrôlée en tout ou rien par la pédale de sustain, en utilisant le Generic Remote de Cubase.


Pédales

La pédale gauche ou « Soft pedal » (Una Corda, CC 67)

Dans les pianos à queue, la pédale gauche déplace toute la mécanique pour que les marteaux frappent sur une seule corde. Dans les pianos droits, la pédale gauche approche les marteaux des cordes pour raccourcir la course, ce qui se traduit par une frappe moins forte. Le résultat est différent, mais satisfaisant, car la fonction musicale de la pédale gauche est de permettre de réduire la dynamique sans perte d'expression. Le jeu normal sans pédale gauche permet une grande dynamique en fonction de la gamme de vélocités que le pianiste maîtrise. Sans la pédale gauche, le musicien qui veut jouer "pianissimo" doit retenir sa frappe, réduisant ainsi sa palette expressive, alors que la pédale gauche lui permet un jeu plus doux sans perte de nuances. Il faut signaler que la pédale gauche adoucit la sonorité des pianos "viriles". Dans le cas de The Grand 2 cet effet est réussi, car la douceur du timbre existe déjà dans la nature de l’instrument.


La pédale Sostenuto (CC 66)

Cette pédale permet de tenir les notes déjà jouées. Ceci permet de jouer par exemple une octave basse avec la main gauche, la laisser sonner et continuer le jeu des deux mains en détaché dans la partie aiguë du piano. Cette pédale agit comme une troisième main qui continue à tenir des notes dans une région du clavier qui n’est plus accessible. C’est une fonction peu connue. Beaucoup de pianistes ayant travaillé sur des pianos droits ne se sont jamais entraînés à l’utiliser, pourtant ses qualités sont intéressantes non seulement dans la musique classique, mais aussi dans d’autres genres où le piano tient un rôle important.


Interface

Elle se présente sous la forme de trois écrans indépendants.

L’écran Main

Cet écran présente un clavier où l’on peut jouer avec la souris ou actionner les pédales. Fonctionnalité intéressante, car elle permet de vérifier que The Grand 2 est connecté à la carte son sans passer par l’interface MIDI. Hormis le petit gadget qui permet d’ouvrir et de fermer le couvercle en cliquant sur la serrure, le dessin de la partition présente un champ numérique indiquant le nombre de voix en jeu. En bas de cet écran, on trouve cinq boutons dont les trois premiers permettent d’accéder aux trois fonctions supplémentaires.

Model 1 ou 2 : ce bouton offre l’accès aux deux modèles de piano disponibles. La différence entre les deux est significative bien que non évidente. Elle se remarque davantage et prend sa plus grande utilité lorsqu’on ouvre une deuxième instance de The Grand 2 afin de faire jouer en parallèle les deux modèles. La sonorité se voit ainsi améliorée.
Eco Mode : Ce mode permet d’économiser des ressources lorsque la qualité totale du piano n’est pas requise.
RAMsave : Cette option balaie la piste MIDI déjà enregistrée à la recherche des notes non utilisées pour les dégager de la mémoire. Ce qui permet de libérer de la mémoire.
Room Options : Ce bouton ouvre l’écran Room.
Global Options : Ouvre la fenêtre de réglages globaux.


L'écran Room

Dans cet écran on retrouve les paramètres de réglage de réverbération et positionnement : Amount , Roomsize et Predelay. Une case à cocher permet d’activer les deux pistes arrière de la fonction surround. Une glissière permet de régler la qualité de la réverbération et deux cases à cocher en bas du dessin représentant la position du piano, permettent de verrouiller le déplacement latéral pendant qu’on modifie la profondeur et vice-versa. Une liste déroulante donne accès à quelques presets d'origines. Il est possible d'y enregistrer ses propres réglages.

L’utilisation de cet écran permet d’ajouter du réalisme à l’écoute et en enregistrement. La réverbération est correcte, mais nous ne doutons pas que le musicien exigeant voudra utiliser ses propres réverbérations et ses propres réglages.


L'écran Global Options

Ici on règle les paramètres généraux de l’instrument. Cet écran est divisé en trois sections Sound, Performance et Keyboard Settings. Son utilisation est on ne peut plus intuitive. Cinq cases à cocher avec leurs potentiomètres donnent accès aux réglages des bruitages accessoires.

Dans la section Sound, on trouve les paramètres suivants :

True String Release : Le son altéré des cordes lorsque l’étouffoir prend contact avec elles pour éteindre le son.
True Hammer Release : Le bruit du marteau lorsqu’il retrouve sa position de repos.
True Sustain Resonance : Le son des cordes lorsqu'elles vibrent librement (en principe par sympathie).
Key Sound : Le bruit non musical du marteau lorsqu’il frappe la corde. Ce bruit est celui qui contribue le plus au réalisme du son du piano, surtout dans les aigus.
Damper Pedal Sound : Les sons de la totalité des étouffoirs lorsqu’ils quittent et reviennent sur les cordes quand on relâche la pédale de sustain. Comme nous avons dit plus haut, dans la version que nous avons, le son des étouffoirs s’éloignant est correct, mais pas celui du retour.
Eco Mode permet de désactiver/activer toutes les fonctions précédentes en une seule fois. A sa droite il y a un potentiomètre Master Volume qui ne nécessite pas d’explication.

La section centrale Performance permet de régler les paramètres informatiques du logiciel. Elle offre un premier champ où il est possible de régler le nombre de voix. Pour un jeu optimal, il est conseillé de régler ce nombre à 120, tant que c’est possible. Un deuxième champ Disk Streaming permet de régler la durée de son utilisée par la mémoire avant que le système aille chercher sur le disque la suite du son. Un troisième champ non modifiable indique la quantité de mémoire libre.

Les autres fonctionnalités présentes dans la section Keyboard Settings sont évidentes et ne nécessitent pas d’explication. Les réglages de vélocité et de sensibilité sont pratiques pour ceux qui n’ont pas de clavier maître paramétrable. Un champ cependant exige une petite explication : Left Hand Voice Reserve. Il permet de donner la priorité aux notes de la main gauche afin qu’elles ne soient pas interrompues si on dépasse avec la main droite le nombre de voix disponibles. Si vous sentez que des notes à gauche du point de split disparaissent, augmentez ce paramètre.


Conclusion

Bien que The Grand 2 soit, jusqu’à présent, à mon avis, l’un des plus avancés des pianos numériques il n’est pas question de jouer du Tchaïkovski, du Liszt ou du Rachmaninov ou des oeuvres qui exigent un grand nombre de voix et des sonorités provoquées par ce que j’appelle le "chaos battementaire". Cette sensation de tsunami sonore provoqué par la puissance orageuse que certains passages de musique romantique exigent. Jusqu’à présent, rien ne remplace un bon piano acoustique dans ce type de passage. Un piano acoustique de bonne qualité donne toujours l’impression de ne pas avoir de limite quant à la puissance physique qu’il peut encaisser et quant à la puissance sonore avec laquelle il peut répondre. Les pianos numériques ont encore un grand chemin à faire avant de pouvoir égaler un piano acoustique. Cependant The Grand 2 satisfera les pianistes classiques amateurs du baroque, du classique comme Mozart ou du romantique comme Schubert et même Chopin dans son aspect le plus "soft". Bref, des musiques pas trop exigeantes en termes de réserve de puissance, de résonance et nombre de voix. Il ravira aussi les musiciens de jazz, R&B et pop music.


Les + : le mordant des graves, l'incisif des aigus, la possibilité de régler le niveau de résonance, les bruits accessoires superbes, le RAMsave, la gestion des ressources
Les - : le son de retour du Damper Pedal Sound qui sonne "son parasite"
Nous aurions aimé : un troisième piano avec un son style Steinway, la possibilité de charger deux instances en mode stand alone


Configuration minimum requise :
  • PC : PC Windows XP (pro ou home), P4 1,4/1024 Mo, 3.5 Go de disque libres, carte ASIO 2, affichage 1152x864 (bi-écran), port USB pour la clé de protection, Steinberg Key (non fournie)
  • MAC : Mac OS X 10.3.3, G4 bi 1,25/1024 Mo, 3.5 Go de disque libres, affichage 1152x864 (bi-écran), idem pour le reste
Prix généralement constatés :
  • 249 € TTC
  • 89 € TTC la mise à jour depuis The Grand 1
  • 29 € TTC la clé de protection USB (Steinberg Key)

Mario Litwin, le 20-06-2006

Page vue 13368 fois