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Programmer les Cordes et les Cuivres

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Dans le domaine de la simulation d'instruments acoustiques, les cordes et les cuivres sont peut-être parmi les moins évidents à imiter. Outre le fait que la qualité des samples y est souvent pour beaucoup, de nombreux paramètres ont leur rôle à jouer pour la crédibilité du résultat final. Pour les cordes, on peut citer par exemple les nuances d'attaque et les variations de dynamique du son que l'archet peut donner durant sa course, les glissandi, les staccati et autres "spaghettis" (d'après Yann Eirin :op). Le souffle permet, lui, de nombreuses possibilités d'expression chez les cuivres.

Tiens, en parlant d' "expression" : on verra justement qu'elle peut avoir un rôle non-négligeable à jouer dans la programmation des cordes et des cuivres ;o)


Vous venez d'écouter une partie de cordes dans un orchestre sur un CD afin de vous remettre le jeu de ces instruments dans les oreilles, puis vous appuyez sur la touche de votre clavier et vous vous dites en empruntant la voix de Garcimore : "Hihihi, ça maLche pas paLeil, hihihi..."

'Ttendeeeeez, vous avez peut-être un super son de cordes, mais il vous manque à ce stade les informations de contrôle du son correspondant aux nuances qu'apporte un interprète humain. Et oui, il faut faire appel aux contrôleurs Midi, notamment au contrôleur d'Expression.

Procédons par étapes, si vous le voulez bien, en nous basant sur un quatuor de conception classique : violon, alto (famille des violons), violoncelle et basse (ou contrebasse).


1) Définir les instruments et leur champ d'action.

Ben oui, il est important de respecter la tessiture des instruments, il serait totalement farfelu et irréel de faire jouer une contrebasse dans le registre d'une flûte à bec, par exemple. Ou alors en soufflant très fort dans la contrebasse, mais j'en doute ;oD (ramassez vos poumons, maintenant svp, je venais de nettoyer).

Dans cette perspective, je vous conseille d'ailleurs de bannir les sons d'ensemble tout faits, c'est bien pour des nappes mais je ne trouve pas ça très crédible. De plus, si vous souhaitez une programmation réaliste, vous êtes obligés de rester dans une étendue de notes communes à ces intruments, ce qui est plutôt limité.

Vous voulez une formation de cordes qui sonnent ? Prenez un son de violon, un son d'alto, un son de violoncelle et un son de contrebasse. Ou par exemple un son de groupe de violoncelles, un son de groupe de violons, ... si vous voulez entendre un orchestre plus fourni, mais que chaque instrument ou groupe d'instrument soit distinct l'un de l'autre.

Ensuite, il s'agit de repérer le registre de notes propre à chaque instrument. Si vous ne le connaissez pas, il est facile aujourd'hui de trouver assez rapidement cette information sur Internet et de la sauvegarder quelque part. Personnellement, n'étant qu'un bouseux de la guitare à la base, je me suis fait un petit dossier en format HTML (pour le confort des liens dynamiques) qui me sert de référence en cas de besoin.

Notons donc ce qui concerne nos 4 instruments.

Vous pouvez aussi imprimer votre petit pense-bête pour l'avoir sous les yeux.

Ne pas oublier aussi les notes des cordes à vide, question de penser un minimum aux doigtés qu'utiliserait un vrai instrumentiste.


2) Le choix des sons

Personnellement, je privilégie des sons qui ont une bonne attaque. Même quand vous écrivez une partition de cordes pour une ballade, il n'y a pas que des notes longues, il y a aussi des petits groupes de notes rapides qui peuvent intervenir. Jouer des croches ou des double-croches avec un son trop mou ou un son qui s'ouvre progressivement donnera l'impression que votre violon est joué avec un archet en chewing-gum :op

D'autre part, par l'utilisation de certains contrôleurs Midi, nous allons voir qu'un son qui a de l'attaque pourra malgré tout s'adapter aux différentes nuances d'une interprétation humaine.

Bon, ok, les banques de sons de qualité professionnelle proposent souvent énormément de variations pour un instrument (sustain, forte, sordino, decrescendo, staccato, etc.), mais cela peut devenir très vite assez lourd à gérer et demander beaucoup de manipulations (imaginez de faire ça pour un orchestre symphonique !) pour un résultat peut-être pas forcément à la hauteur du travail que cela représente, et attention aussi à être bien fourni en RAM si vous utilisez des sampleurs virtuels.


3) Le rôle des contrôleurs Midi

Hé bien, nous y voilà ! Rien de mieux qu'un petit exemple pour se faire la main :

A l'écoute de cet extrait, c'est nul, c'est sans vie, sans nuances, toutes les notes sont au même niveau de vélocité, bref, ça sonne vraiment trop machine, bêrk, bêrk.

Commençons par définir ce qui intervient principalement dans l'exécution d'un instrument à cordes (meuh non, il ne s'agit pas de pendre le violon avec sa corde de ré, m'enfin ! ;oD ) : attaque, position d'archet, jeu en lié, nuances. Vous voyez autre chose ? Non ? Ben moi non plus, arf :op

Essayons d'établir une correspondance entre ces techniques de jeu et les possibilités de contrôle Midi :

La position d'archet peut être une complémentarité entre la Vélocité et l'Expression.

La 1ère information Midi qui a donc son rôle à jouer est bien entendu la vélocité.

Il est très important d'imaginer en premier lieu le musicien qui joue la phrase, sa posture et sa gestuelle. Voyons, essayons d'entendre et de visualiser déjà dans notre tête ce que cela donnerait... La 1ère note est celle qui devrait avoir le plus d'attaque vu que l'archet attaque la corde à ce moment-là, la 2ème note étant normalement jouée pendant le retour de l'archet, celle-ci aurait un niveau d'attaque inférieur.

Pour le groupe de notes qui suit, c'est à peu près similaire : attaque - retour d'archet - attaque - retour d'archet, et la dernière note une valeur de vélocité un peu entre les deux, pour la nuance de la phrase.

Bref, il faut que vous décidiez où placer les accents qui feront vivre votre phrase musicale. On peut très bien imaginer aussi la 2ème note plus forte que la première, si c'est l'interprétation voulue.

Bah, ça sonne déjà mieux, non ? :oB

On peut faire intervenir le legato entre certaines notes, en faisant légèrement chevaucher une note par la précédente. C'est même conseillé pour obtenir un effet de lié.

Remarque : je ne m'étendrais pas sur le sujet de la quantification dans ce domaine, mais je dirais simplement ceci : si votre enregistrement Midi est plus ou moins bien en place, je vous conseille de ne rien quantifier du tout afin de préserver le côté humain de l'interprétation. Un musicien n'est pas un métronome :o) Si un réajustement de certaines notes est malgré tout nécessaire, désactivez la quantification et amenez le début de la note de façon approximative sur le temps voulu...

C'est ici qu'intervient le contrôleur Midi "magique" : le contrôleur n°11, appelé contrôleur d'Expression.

Yep, c'est lui qui apportera de... l'expressivité dans la programmation de vos cordes en faisant varier l'enveloppe sonore du son Midi. J'avoue sans aucune pudeur que j'abuse énormément de celui-là :op

Attention, rien à voir avec le contrôleur n°7, c'est celui du volume général, il n'a pas la même incidence sur le son.

Le contrôleur d'Expression permet ainsi de gérer les nombreux changements de volume et de dynamiques suivant la façon dont l'archet est frotté sur la corde, pendant les différentes phases dune interprétation d'un morceau : attaque suivie d'une baisse de niveau quand l'archet termine sa course, montée de volume (crescendo), partie plus calme (pianissimo), decrescendo, etc.

L'Expression peut être programmée à la souris, mais si c'est possible, le mieux est de manipuler le contrôleur n°11 en même temps que vous jouez les notes, question de mieux ressentir le jeu. On peut ensuite affiner à la souris dans l'éditeur Midi. Vous pouvez contrôler l'Expression avec la molette de modulation de votre clavier en affectant cette molette au contrôleur n°11.

Où Modulation a pour valeur 1 et Expression a pour valeur 11. Heu, pensez quand même à activer le module correspondant ;op

Pour visualiser les évènements d'Expression, utilisez le menu déroulant qui se trouve sous le petit clavier à gauche dans l'Editeur Clavier (ou Key Edit).

Je pense qu'il est plus simple de présenter en image ce que cela donne avec notre petit exemple :

A l'écoute, on obtient quelque chose qui ressemble quand même déjà plus à une interprétation humaine de parties de cordes :oD

On peut encore affiner le rendu, si nécessaire, en retouchant les valeurs de vélocité ou en accentuant davantage les "creux" de la courbe d'Expression, quitte à exagérer un peu.

Si vous redessinez la courbe du contrôleur avec la souris, je vous conseille de désactiver la quantification afin d'avoir quelque chose de lisse et de fluide, cela s'entend à l'écoute.


4) Le cas des Cuivres

Tout ce qui a été décrit pour les Cordes est également valable pour les Cuivres.

La seule différence est qu'il faut considérer le souffle à la place de l'archet. Il ne faut pas oublier non plus que la capacité pulmonaire d'un musicien qui joue d'un cuivre n'est pas extensible et qu'il a parfois besoin de reprendre son souffle, ni que certains instruments demandent beaucoup de souffle : je pense notamment au tuba, il faudra donc éviter de programmer des notes qui durent 3 ou 4 mesures pour celui-ci ;oD

On peut juste noter un petit effet caractéristique de certaines expressions de Cuivres.

L'effet qui consiste à attaquer sur le début de la note, puis faire chuter brusquement le volume pour le faire remonter ensuite progressivement et le faire exploser sur la fin de la note.

Maintenant, sur les notes brèves et plus "sèches", ce qui est souvent le cas dans les musiques blues, pop, funk, etc. où les pêches de cuivres sont très utilisées, il est préférable de jouer plutôt avec les valeurs de vélocité, l'Expression pouvant servir à ce moment-là à gérer le volume d'ensemble d'une section de cuivres, si on imagine par exemple un accompagnement plus discret sur certains passages du morceau. C'est plus facile et plus rapide que de devoir ajuster une à une les valeurs de vélocité pour chaque note, ablf ;op Attention, cela ne veut pas dire qu'il faut négliger le réglage de la vélocité, c'est elle qui permet de placer les accents dans une phrase musicale et ainsi lui donner du relief et de la vie. Ou plus simple encore : gérer ceci avec l'automation des volumes.

Le pitch-bend peut s'avérer très utile également : un petit coup rapide vers le haut ou le bas sur certaines notes dans une phrase donne un effet intéressant : au lieu d'attaquer directement avec la touche une note chromatique, par exemple. Ou un coup de pitch progressif mais pas trop long vers le bas pour donner un effet de "glissé" au saxophone ou autre.


Ces manipulations sont une simple base de travail pour la programmation des cordes et des cuivres, il faudra tenir compte à votre niveau de certaines variables comme la sonorité utilisée, qui a son incidence sur les niveaux de réglages que l'on va utiliser, le type de parties jouées ou l'environnement dans lequel évoluent les instruments. On ne peut pas tout dire non plus en quelques lignes sur une simple page HTML, bien entendu, et l'expérience de chacun est un facteur non-négligeable : je sais que certains utilisent le Portamento (ou Glide) entre 2 notes pour se rapprocher du lié sur un violon, mais moi je n'en ai pas usage. N'hésitez pas à expérimenter. Il est important de souligner que certains sampleurs virtuels n'ont pas forcément l'Expression attribuée au n° de contrôleur 11 mais à un autre numéro, voire ne reconnaissent pas l'Expression (ce qui est une sacrée lacune, quand même, alala, pffff). Mais il y a possibilité d'obtenir un résultat équivalent en jouant avec le volume DCA qui est présent dans ces types de plugs en général et qui peut être géré par Midi (voir le tableau des contrôleurs Midi qui devrait être présenté dans la doc de votre sampleur).

Bonne programmation ! :o)

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Daino, le 14-02-2003

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